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Atelier doctoral 2019 de la MAE - Appel à contributions

Publié le 13 mars 2019 Mis à jour le 13 mars 2019

La MAE organise les 25, 26 et 27 septembre 2019 son premier « Atelier doctoral », co-organisé cette année avec l’association de doctorants de l'école doctorale 395, "Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent", l’AJCN 395, et ouvert à l’ensemble des doctorant.e.s des ED 395, 112, 113 et 141 qui sont liées à la MAE actuelle et à la future MSH Mondes, à partir du 1er janvier 2020.

Date(s)
Date de limite de soumission des propositions : 27 mai 2019
En janvier 2020 la MAE deviendra la MSH Mondes. Celle-ci, membre du réseau national des MSH et sous la triple tutelle du CNRS et des universités Paris Nanterre et Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est conçue pour être un lieu de recherche et de formation à la recherche. La MSH MAE compte aujourd’hui cinq laboratoires résidents (ArScAn, Lesc, Prétech, Archam et Trajectoires), la MSH Mondes en intègrera deux nouveaux en 2020 (l’Institut des sciences sociales du politique - ISP et le Laboratoire Architecture Ville Urbanisme Environnement - Lavue) mais jouera aussi son rôle d’accueil pour des projets s’inscrivant dans le champ de ses axes scientifiques.
L’Atelier doctoral s’inscrit dans le cadre des événements scientifiques organisés par la MSH, il est animé par, pour et avec les doctorants des UMR résidentes et des ED de Nanterre et Paris 1 (ED 395, 112, 113, 141). Cet événement biennal est cette année co-organisé par l’AJCN 395 (Association des Jeunes Chercheurs de Nanterre - ED 395), et prend la forme d’un atelier qui aura lieu du 25 au 27 septembre 2019.

Toute recherche est une rencontre avec l’étrange et celui-ci se rencontre un peu partout pour qui sait voir, car comme le disait Villiers de l’Isle Adam : « Celui qui ne voit rien d’étrange n’a jamais vu un homard en face ». C’est que l’étrange naît toujours de la relation qu’un sujet entretient ou construit avec un objet qui résiste à être appréhendé par les représentations habituelles de l’esprit. À ce titre, les recherches en sciences humaines et sociales prennent souvent la forme d’une joute avec l’étrange qu’il s’agit tantôt de reconnaître, tantôt d’intégrer à la pensée, tantôt de réduire pour se l’approprier. C’est à ces stratégies d’identification et de recherche que souhaite s’intéresser le premier Atelier doctoral de la MSH, en invitant les jeunes chercheurs à exposer le rôle de l’étrangeté dans leurs recherches, que celle-ci caractérise l’objet de leur travail ou qu’il s’agisse pour eux d’un outil de réflexion.
Si l’on passe en revue les créatures étranges (le minotaure, la bête du Gévaudan, le monstre du Loch Ness), les lieux de l’étrange (les catacombes, la terra incognita, l’île abandonnée d’Hashima) ou les acteurs jugés étranges (sorciers, pythies, guérisseurs), il s’avère que « l’étrange (…) est enraciné dans l’épaisseur d’une société », comme le rappelait Michel de Certeau au début de La possession de Loudun (1970). Ces figures de l’étrange apparaissent ici tout d’abord comme des constructions imaginaires, littéraires et sociales jouant un rôle fondamental dans la cohésion des groupes humains. Mais l’étrange peut également se nicher au cœur d’objets du quotidien, suscitant un sentiment de malaise dans la fréquentation d’objets familiers. Entre invariant anthropologique et construction socio-historique, le sentiment d’étrangeté invite donc à étudier tout autant les artefacts de l’étrange que l’économie de cette émotion.
L’instrumentalisation du sentiment d’étrangeté a par exemple été utilisée à des fins herméneutiques et s’inscrit donc dans l’histoire épistémologique de la recherche dès Descartes prônant l’étonnement philosophique face à l’étrange dans son Traité des passions. Dans la perspective classique, l’étrange est avant tout la marque d’une incompréhension qui vise à être réduite par la raison pour pouvoir en rendre compte, notamment dans la croisade des Lumières contre la superstition. La distance dans le temps, l’espace ou en termes de compétences entre le jeune chercheur et son objet d’étude est constitutive de cette étrangeté qu’il s’agit de réduire grâce aux méthodes des SHS, que celui-ci étudie des fresques préhistoriques, des méthodes d’inhumation, des rites initiatiques, des pratiques citadines, des processus de prise de décision politiques ou des mobilisations sociales.
Mais l’étrange a fait aussi l’objet à travers l’histoire de multiples tentatives d’appropriation sociale, qu’il s’agisse de l’esthétisation du sentiment qu’opèrent Jean-Auguste-Dominique Ingres avec son Odalisque ou Diane Arbus dans ses clichés, de son instrumentalisation pour changer la société dans la théorie queer, ou dans la construction d’un goût de l’exotisme. Dans la deuxième moitié du xxe siècle s’opère même une réhabilitation de l’étrange en tant que tel dans le cadre de la recherche, avec Carlo Ginzburg et son concept d’estrangement rappelant que « comprendre moins, être ingénu, rester stupéfait, sont des réactions qui peuvent nous aider à voir davantage, à saisir une réalité plus profonde, plus naturelle », mais aussi avec Bruno Latour, invitant à ne pas laisser de côté dans l’enquête sociologique « les termes les plus étranges, les plus baroques et les plus inhabituels, pour ne suivre que ceux qui ont cours dans l’arrière-monde du social ». L’étrange cesse alors de représenter un obstacle et devient la garantie que le chercheur n’impose pas son propre récit au réel. Selon les catégories de Kenneth Pike, le compte-rendu émique, qui reprend les termes pertinents pour les acteurs étudiés et intègre des éléments étranges pour le chercheur, devient dès lors dans de nombreux champs des sciences humaines et sociales complémentaire au compte-rendu étique qui est celui de l’observateur scientifique extérieur, et laisse place à l’étrange.
L’Atelier doctoral invite donc l’ensemble des doctorants des ED 395, 112, 113 et 141 à partager leurs analyses sur le rôle de l’étrange dans leur recherche ou même à réfléchir, le cas échéant, sur l’absence d’une telle catégorie dans leur sujet ou champ de recherche. Placé sous le signe de la coopération et de l’interdisciplinarité, le comité scientifique sera particulièrement attentif aux contributions à plusieurs voix, en particulier si leurs auteurs n’appartiennent pas initialement aux mêmes disciplines.

Les propositions de communication (500 mots maximum), accompagnées d’un court CV (1 page), sont à envoyer avant le 27 mai 2019 à l’adresse suivante : laurence.quinty@cnrs.fr

Le comité scientifique encharge de la sélection des propositions sera pluridisciplinaire etcomposé pour moitié de doctorants et pour moitié de chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs.
Les propositions retenues feront l’objet d’une communication orale de 15-20 minutes par leurs auteurs et pourront être proposées pour un travail collectif sous forme d’atelier d’écriture.
L’Atelier donnera lieu à une publication dans l’une des collections de la MSH.

Comité d’organisation : Clément Bady (AJCN), Maguelone Bastide (AJCN), Philippe Gervais-Lambony (MSH), Manfred Lesgourgues (AJCN), Laurence Quinty (MSH), Isabelle Sidéra (MSH)

Mis à jour le 13 mars 2019